Entretien avec Dag Vongraven, Président de Polar Bear SG

Q : Qu’est-ce qui vous inspire à travailler dans le domaine de la conservation de la nature ?

J’ai été inspiré dès le début. Je ne voyais pas d’alternative. Quand j’ai fini le lycée, mon père voulait que je sois ingénieur. J’ai été admis à l’université technique en tant qu’ingénieur pétrolier, une carrière très difficile d’accès, mais en même temps, j’ai commencé à fréquenter l’université générale et à étudier la biologie. J’ai donc choisi cette dernière. Même alors, à 19 ans, suivre une carrière dans l’ingénierie pétrolière n’était pas option pour moi. J’aurais gagné beaucoup plus d’argent que maintenant, mais je serais une personne différente.

J’ai toujours été inspiré par l’environnement. En particulier, les grands carnivores sont une fascination pour moi, depuis le début. À l’université, j’ai rejoint un groupe qui travaillait sur les oiseaux de mer et aussi la pollution par les hydrocarbures, puis j’ai commencé la biologie et cela a toujours été ma voie.

Lorsque j’ai commencé à travailler avec les ours polaires, dans le cadre de mon nouveau travail à l’Institut polaire norvégien (IPN) en 1997, l’ancien scientifique des ours polaire de l’IPN et président du GSOP, Andrew Derocher, m’a fait bénévole du groupe de spécialistes des ours polaires, en 2001. J’ai créé la première page web du groupe, en 2002, et je suis devenu président du groupe en 2010. Depuis toujours, la conservation de la nature est ce qui m’inspire. J’ai une formation de scientifique en biologie, et je l’ai utilisé au cours de ma carrière parce que je travaillais aussi sur les épaulards. J’ai donc utilisé ma formation et mes compétences scientifiques comme un facteur de motivation. Maintenant, je travaille sur un doctorat sur les ours polaires, et j’ai le privilège d’être encore très curieux. Travailler au sein du système de l’UICN a été un privilège.

 

Q : Le thème de la Journée mondiale de la vie sauvage 2020, cette année, est « Soutenir toute vie sur Terre », englobant toutes les espèces animales et végétales sauvages en tant qu’éléments clés de la biodiversité mondiale. Pourquoi est-ce important de soutenir toute la vie sauvage ?

Je pense qu’il est important de soutenir toute vie parce que nous vivons des moments très difficiles, et d’un point de vue évolutif, c’est la variation qui nous permettra de pouvoir changer. Je pense que nous devons préserver toutes les variations. Si notre patrimoine génétique devient uniforme, nous perdrons toute capacité de changement, et la vie finira par disparaître. L’autre aspect est que nous avons hérité d’un monde qui nous montre vraiment aujourd’hui qu’il n’est pas sans limite. Nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons. Tout ce qui se passe avec la pollution par le plastique montre que nous détruisons l’endroit où nous vivons. Je pense que la seule façon d’envisager la vie sur Terre, c’est de regarder tout ce qui y vit et essayer de le préserver. Je fais de mon mieux pour contribuer à cela, pour préserver tout... la vie sauvage et toute la vie.

 

Q : Quelles sont, selon vous, les plus grandes menaces pour la vie sauvage dans le monde ?

Aujourd’hui, ce sont évidemment les changements climatiques. C’est la menace la plus importante. C’est probablement pire au niveau des calottes polaires que dans le reste du monde, en moyenne, parce qu’il existe des mécanismes de renforcement du fait de la fonte des glaces marines. Bien sûr, il y’a aussi les menaces traditionnelles comme la perte d’habitats, les taux d’extinction, et aussi la chasse légale et illégale, mais les changements climatiques sont la principale. C’est une contexte très complexe, et beaucoup de mécanismes menaceront la vie sauvage dans différents endroits : augmentation de la démographie, économie de marché, le concept selon lequel nous devons toujours croître. C’est un concept que nous ne semblons pas pouvoir abandonner, et il pourrait finir par nous tuer. Il y a donc beaucoup de menaces, et il est difficile de rester optimiste.

 

Q : Que devraient faire les pays et les communautés pour aider à protéger la vie sauvage ?

Il est évident que nous avons besoin d’accords majeurs d’une sorte ou d’une autre, et nous avons également besoin d’accords sur des mesures d’atténuation qui aient un impact réel. Nous devons nous concentrer sur des actions qui font une différence réelle. Nous sommes vraiment doués pour élaborer des documents, des politiques et engager les gens et les gouvernements, mais nous devons être plus critiques quant à la façon d’obtenir un impact visible.

Travailler au sein du groupe de spécialistes des ours polaires a vraiment été un privilège pour moi, parce que les ours polaires sont une espèce très symbolique et forte, et vous devenez très pratique dans le travail que les membres du groupe, les gouvernements et les organismes font, ce qui est une expérience passionnante. En outre, faire face aux quantités incroyables de bruit associé aux problèmes des ours polaires est un énorme défi. Les négationnistes du climat, souvent soutenus par « beaucoup d’argent » tentent de répandre la désinformation et d’obscurcir les problèmes, et je considère que ma mission est de protéger l’intégrité des membres du groupe, afin qu’ils puissent générer des données et des connaissances de haute qualité.

 

Q : 2020 est considérée comme une « super année » pour l’environnement, avec des événements tels que le Congrès mondial de la nature de l’UICN et la CDP à la CDB. Si vous aviez un message à adresser au Congrès, que diriez-vous ?

Encore une fois, je dirais de se concentrer sur des actions qui ont vraiment un impact. Il est extrêmement important que nous nous concentrions sur des actions concertées qui, nous le savons, peuvent avoir un impact. Pour les ours polaires, l’action principale serait de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Si nous ne le faisons pas, le monde se réchauffera, quoi qu’en disent tous ces négationnistes climatiques. Tant que les émissions continueront, le monde sera de plus en plus chaud. Nous devons donc réduire les émissions. J’apprécie le fait que ces réunions à venir, cette année, aborderont ces défis, et j’aimerais voir des actions concrètes, avec un impact durable.


A propos de l'auteur


Dag Vongraven

Dag Vongraven est conseiller principal à l’Institut polaire norvégien, et actuellement coprésident du Groupe de spécialistes des ours polaires de la Commission pour la survie des espèces de l’UICN. Vongraven s’occupe de la gestion de la vie sauvage dans l’Arctique norvégien, et plus particulièrement des espèces marines, y compris les ours polaires, depuis plus de 20 ans.

Il a publié des articles sur diverses questions dans des revues scientifiques, et a été le chercheur principal de l’élaboration du cadre de suivi circumpolaire des ours polaires, publié sous forme de monographie dans la revue Ursus, en 2012.

Vangraven participe activement à l’élaboration de programmes de suivi circumpolaire de la biodiversité au sein du Conseil de l’Arctique, depuis 1998, il est actif à plusieurs niveaux, au sein du Programme de suivi circumpolaire de la biodiversité du CAFF, membre du réseau d’experts sur les mammifères marins de ce programme et s’emploie à relier les travaux du GSOP avec d’autres initiatives circumpolaires pertinentes. Depuis 2015, il est également doctorant à l’Université de Tromsø.

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